Interview disponible sur le site Oh my food !
Qu’est-ce que la dimension psychologique apporte au mode de vie alimentaire et quel est son impact sur la santé ?
En fait, le mode de vie alimentaire n’est qu’une modalité du mode de vie tout court. Il en est même indissociable. Si tout va bien pour nous, il se porte comme un charme. Si rien ne va plus, il sert souvent d’exutoire, de compensation… Ceci, tout le monde a pu s’en rendre compte, souvent à son corps défendant !
A partir de ces généralités, la psychologie peut apporter un socle à un meilleur équilibre de notre comportement alimentaire. En fait, la psychologie ressemble à l’économie : si l’on ne se procure pas assez de plaisirs dans la vie en général et en mangeant en particulier, alors les efforts et contraintes quotidiens nous épuisent et peuvent même aller jusqu’à nous déprimer ! Autrement dit, les « recettes » (les gains) doivent excéder les « dépenses » (les pertes), sinon, on peut se trouver en situation de « faillite ». Nous naviguons alors entre compensation alimentaire (pour rétablir un semblant d’équilibre des comptes du « plaisir ») et déprime voire autodestruction comme dans l’anorexie (la pré-faillite), voici quelques alternatives de ce déséquilibre psychologique et/ou alimentaire. Les efforts ne font qu’aggraver la situation (comme de nouveaux emprunts avec nos économies essoufflées).
Et pour s’en protéger, que peut-on faire ?
Nous suggérons notamment de développer nos motivations « profondes », issue de ce que nous nommons notre personnalité primaire ou tempérament. Les neurosciences ont mis en évidence ce qu’Hippocrate et d’autres avaient depuis longtemps suspecté : nous sommes, chacun, prédisposés à aimer de façon tout à fait irrationnelle certaines activités, situations, sensations plus que d’autres… Et ceci, en dehors de toute attente de récompense, reconnaissance, résultats. Pour le simple plaisir de le faire, de le vivre. C’est par exemple l’objet de nos hobbies, parfois (de tout ou partie) de notre métier, de nos relations… Les uns se ressourcent dans la nature pendant que d’autres aiment passionnément la ville, certains trouvent l’extase dans la solitude et d’autres dans les relations, intimes pour les uns ou sociales pour d’autres, la musique ou la gastronomie etc. Nous avons tous une ou des passions cachées en nous, mais elles ont été, au fil de l’eau, plus ou moins valorisées, reconnues, affirmées, investies voire sacralisées… ou au contraire traitées comme futiles (des loisirs), négligées, rejetées ou même refoulées (vécues comme honteuses, coupables). Si nous n’avons pas eu la chance d’avoir misé gros sur ce jack-pot intérieur, pas de panique ! Partons à sa reconquête car il renaît facilement de ses cendres. Il est en effet inscrit dans nos gènes et/ou notre empreinte post-natale, autrement, dans la structure de notre cerveau. Ce sont parfois ces quelques petits plaisirs « qui nous ressourcent », ils n’ont l’air de rien, mais ils sont au cœur de notre motivation durable, celle qui nous permet d’avoir toujours l’énergie de dépasser les contraintes et même les coups-durs, celle des passionnés ! Mais il faut de la patience pour en faire une belle plante…
Mais, à plus court terme, comment gérer le « stress devant l’assiette », là, tout de suite, quand il nous saisit ?
On peut par exemple recourir à d’autres dimensions de notre psychisme… et de notre cerveau. Par exemple, lorsque nous devons faire face à une situation difficile et que nous ne parvenons pas à nous gérer, comme une impulsivité alimentaire irrépressible devant l’assiette, ou lorsque notre vie professionnelle, familiale nous stresse et envahit notre vie personnelle, que l’on ne parvient plus à « débrancher », la première réponse peut être de changer de « mode mental », autrement dit d’attitude. Par exemple, on cherche à passer du refus ou de la volonté de contrôle (qui souvent induit plutôt un craquage réactionnel) à l’acceptation inconditionnelle et immédiate de notre réalité : je suis stressé(e), pas heureux(se), pas bien dans ma peau, et je mange, trop, mal, je grossis, je ne me plais plus ! Puis-je accepter… toute cette réalité, comme elle est. Cela ne change rien et pourtant cela change tout ! Car, dans mon cerveau, je change de mode de fonctionnement. Cela se voit même en imagerie cérébrale.
Le refus sollicite des territoires dits automatiques, plus postérieurs, anciens, sources de rigidité, d’émotions et/ou d’impulsions. L’acceptation active au contraire le néocortex dit préfrontal, situé juste derrière le front, puissante « machine » neuronale spécialisée dans la résolution de problèmes complexes, inconnus. Ce mode mental nous rend aussi la difficulté de l’instant beaucoup plus vivable… voire agréable : c’est la porte ouverte à la sérénité, la maturité, la curiosité… Car, au-delà de l’acceptation, c’est tout un monde mental qui change : plus que de routine et de facilité, on se met à rêver de changement et d’exotisme… alimentaire par exemple ! Changeons nos sensations, cultivons-les, ou la gastronomie revisitée. Approfondissons, travaillons la subtilité plutôt que les sensations fortes et rituelles voire addictes (comme notre cher chocolat fétiche…). Pour faciliter ce changement de registre, on peut aussi mettre de la musique pour faire du repas un grand moment de plaisir en son, lumière, toucher, olfaction et gustation. Ce n’est pas la quantité d’aliment qui « remplit » tant que la quantité de plaisir. Alors il faut savourer, le faire mousser, durer, et pour cela, il faut mettre les formes…
Bref, l’équilibre alimentaire n’est qu’un morceau d’un tout, on ne peut le restaurer que dans le cadre d’une reconstruction globale de soi, de son rapport à la vie, aux autres, aux objets, à son environnement, à ses RV avec soi-même (je veux parler de ce qu’on appelle parfois la solitude)
Jacques FRADIN,
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