DÉVELOPPEMENT DURABLE ET RÉDUCTION DES RISQUES : UNE NÉCESSAIRE PRISE EN COMPTE SCIENTIFIQUE ET TRANSDISCIPLINAIRE DES COMPORTEMENTS PAR LES INSTITUTIONS ET LA SOCIÉTÉ !

La Conférence des parties de l’Organisation des Nations Unies sur le changement climatique, la COP 23, vient de s’achever il y a quelques semaines à Bonn en Allemagne sur un bilan très mitigé. En effet si un certain nombre d’initiatives furent lancées, quoique limitées, l’absence de leadership mondial ainsi que le flou autour de la mise en œuvre de l’accord de Paris sur le climat signé en Décembre 2015 font toujours peser une ombre sur l’avenir de notre planète et de son développement durable.

 

Cet accord scelle l’entente des Etats pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de manière à contenir le réchauffement sous la barre des 2°C d’ici la fin du siècle. Toutefois, la réalité des efforts promis aujourd’hui mèneraient notre planète vers un réchauffement de 3°C. Les émissions globales de CO2 sont reparties à la hausse en 2017, après trois ans de pause. La maison brûle avait dit Jacques Chirac, et elle continue de brûler, il y a urgence à agir, il y a urgence à assurer une transition réussie des sociétés.

 

Si les outils juridiques internationaux ne suffisent pas à contribuer au développement durable tant souhaité par l’ensemble des populations du monde, n’est-il pas temps de s’intéresser aussi aux comportements individuels et collectifs et ce de façon transdisciplinaire.

 

Le développement durable est aujourd’hui perçu pour la survie de notre planète et de ses habitants. Il est également et avant tout le gardien de la bonne santé de nos populations. Cette transition indispensable et réussie repose sur chacun d'entre nous et en particulier en tant que consommateurs. Que souhaitons-nous ? Avoir une meilleure vie pour nous et nos enfants, un environnement plus sain, une alimentation plus saine…… en somme une vie ou les risques pris le seraient de façon efficiente et responsable, dans une perspective de réduction drastique.

 

Car le développement durable reposera à l’évidence sur un engagement de tous, individus et collectivités, entreprises et institutions, localement et planétairement, mais assurément d’abord par le truchement de la volonté du citoyen.

Qu’entend-on par réduction des risques ? La réduction des risques est une notion complexe combinant la réduction proprement dite de risques existants et quantifiables mais également la recherche de toute alternative, une troisième voie permettant la réduction de risques de par des innovations scientifiques et techniques mais aussi par de nouveaux usages et comportements.     

 

Pour appréhender ce futur, nous devons intégrer les dimensions psycho-sociales au processus actuel.

 

Nous savons désormais que nous, citoyen des démocraties, sommes moins prisonnier des lois et des règles que de nous-même.  Nous n’effectuons pas toujours des choix rationnels et c’est bien pourquoi certaines règles sont (parfois) posées (à juste titre). Toutefois face au challenge de la transition de nos sociétés, de notre climat, l’évolution des comportements doit accélérer et se coordonner davantage si l’on souhaite parvenir à réduire les risques de façon suffisante face aux enjeux de demain.  

 

Au fil des années, les autorités et Gouvernants de ce monde ont compris la nécessité de s’adjoindre les connaissances des scientifiques à travers le monde pour mieux appréhender et anticiper les changements climatiques. Nous entrons dans une seconde phase, celle de l’action après l’analyse. Force est de constater que les problématiques persistent, de grande ampleur, et même s’accélèrent, que les résistances sont encore fortes et qu’il est donc désormais urgent de comprendre, pour mieux y remédier, nos comportements individuels et collectifs source de ces périlleux blocages.

 

La réduction des risques doit être envisagée dans sa dimension individuelle et collective et doit constituer le socle de toute future politique environnementale ambitieuse, de sante et plus généralement du développement durable.

 

A l’instar du GIEC pour les problématiques environnementales, la création d’un « GIEC du Comportement ou GIECO », qui réunirait un panel interdisciplinaire large de chercheurs et spécialistes du cerveau et du comportement, intégrant également des spécialistes de la santé, de la pédagogie, du management ou du marketing « vert », représenterait un atout majeur pour sécuriser, faciliter et accélérer une transition sociétale réussie vers un développement réellement durable, équitable et désirable.

 

 

Jacques Fradin, Directeur Scientifique de l’Institut de Médecine Environnementale, Paris.